DEUX CHAPES XXe SIÈCLE AU MUSÉE DES TISSUS
En 2009 nous avons fait don à l’État Français de la collection d'ornements liturgiques et tableaux de dévotion brodés, destinée à être conservée et exposée par rotation au Trésor de la Cathédrale du Puy-en-Velay. Nous avions gardé celles non brodées ou acquises après 2005, date de l’établissement du catalogue des œuvres données à l’État en 2009. Parmi elles se trouvaient deux chapes qu’en 2015 nous avons proposées en donation à Maximilien Durand, alors directeur du Musée des Tissus de Lyon, qui reçut l’avis favorable de la commission scientifique régionales en février 2016, date à laquelle elles intégrèrent la collection du musée.
L’objectif de cette note est de présenter et commenter ces deux œuvres en résumant les notices très détaillées établies par Maximilien Durand, pour la partie historique, et Marie-Hélène Guelton, pour la partie technique.
CHAPE DE LA MAISON HENRY (Maison Truchot et Cie), vers 1930 (MT 2015.5.58)
La Fig. 1 montre le devant de la chape en entier. Le tissu principal est un satin d’or décoré de rinceaux fleuris couvrant tout l'espace du fond, et s'écartant pour dessiner des médaillons où s'inscrivent trois anges. Ils sont debout sur des nuées contenant un croissant de lune. L'ange central, de face, présente un calice surmonté de l'hostie flamboyante. Son front est couronné d'une étoile. Ses ailes déployées sont croisées derrière sa tête. Les deux anges qui l'encadrent, de profil, tiennent un épi de blé, à senestre, et une grappe de raisin, à dextre. Le devant est adorné de deux bandes d’orfroi, accueillant deux arcatures superposées où prennent place, associés d'un orfroi à l'autre, saint Pierre et saint Paul, Fig. 2, au registre supérieur, saint Jean l'Évangéliste et saint Jean-Baptiste au registre inférieur. En partie inférieure figurent des séraphins sur fond de quadrilobe.
Figure 1
Devant de la chape. Les orfrois avec, de gauche à droite et de haut en bas : saint Pierre, saint Paul saint Jean l'Évangéliste et saint Jean-Baptiste. En partie inférieure figurent des séraphins
Figure 2
Détail de l’orfroi de la chape, saint Paul
Au dos, le chaperon, Fig. 3, est décoré de la Trinité montrant le Christ et le Père vêtus de tuniques blanches et drapés dans des manteaux écarlates, les pieds posés sur la voûte céleste, le front ceint d'une couronne impériale, tenant ensemble le même livre sur lequel figure l'inscription : « EGO SVM ALPHA ET OM[ega] », c'est-à-dire : « Je suis l'alpha et l'oméga » ; le Christ porte la croix dans sa main droite, le Père, le sceptre fleurdelisé dans la gauche. Entre eux rayonne une gloire ou figure la colombe de l'Esprit-Saint aux ailes déployées. Le phylactère indique : « GLORIA PATRI ET FILIO ET SPIRITUI SANCTO » « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit »
Les techniques de fabrication comprennent le tissage façonné et le pinceautage : dans ce procédé les étoffes sont peintes directement sur l'endroit du satin, avec des colorants de synthèse métallifères spécialement adaptés aux textiles. Dilués et appliqués sur le tissu à la manière d'une aquarelle, ils ne nécessitaient pas d'être fixés. Les carnations et les drapés ont de fait un modelé très proche de celui que permet la broderie dite « peinture à l'aiguille ».
Figure 3
Détail du chaperon de la chape avec représentation de la Trinité
CHAPE ITALIENNE vers 1930 (MT 2015.5.59)
La chape, de forme italienne, c'est-à-dire avec le chaperon fixé sous la bande d'orfroi, en excellent état de conservation, est entièrement tissée de filé métallique or, Figue 4.
Figure 4
Chape italienne dorée
Elle a conservé sa doublure d’origine, et le col de dentelle qui assurait le confort de l’officiant. Elle présente un grand rapport de dessin, inspiré par les soieries du XVIIIe siècle, avec un décor à deux chemins, à pointe simple, où des bouquets de fleurs dans un vase baroque sont encadrés par des ornements d'où jaillissent des épis de blé et du raisin, Fig. 5. Par leur symbolique clairement eucharistique, les motifs de blé et de vigne indiquent que l'étoffe a été produite spécifiquement pour l'usage liturgique.
Figure 5
Chaperon de la chape Fig. 4
Un galon en toile lancée et décor par flotté de chaîne supplémentaire, dessinant des suites de losanges accolés par la pointe, en coton, filés et lames métalliques dorés, souligne les côtés de la patte d'attache et ceux de l'orfroi. Le même galon forme trois cocardes sur le chaperon, Fig. 6. Les bords du pluvial et du chaperon sont soulignés du même galon.
Figure 6
Détail du galon et des cocardes en haut du chaperon de la Fig. 5
La forme du pluvial, le tissage mécanique, mis en carte pour un usage liturgique, l'usage de coton pour le drap d'or, le dessin évoquant les étoffes Grand Siècle et la qualité de la doublure, tout indique une production du début du XXe siècle.
Daniel H. Fruman remercie Mme Aziza Gril-Mariotte,
Directrice générale du Musée des Tissus de Lyon
d'avoir bien voulu lui communiquer les notices de ces deux œuvres.
Photos (C) Daniel H. Fruman
Date de dernière mise à jour : 17/01/2026
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