RETOUR AU PUY-EN-VELAY II
Je dédie cette note à la mémoire de Celline Gacon (1967-2025) et de Cédric Bussac (1975-2025),
trop tôt partis, qui ont beaucoup œuvré pour la collection et pour rendre la visite
de la Salle des États du Velay un parcours de joie et
de connaissance pour tous les visiteurs.
Presque sept ans après la première rotation des œuvres de la collection Cougard-Fruman, que nous évoquions dans la note Retour au Puy-en-Velay, publiée en décembre 2018, j’ai le grand plaisir de vous annoncer que la tant attendue deuxième rotation a eu lieu en septembre/octobre 2025. Elle fut suivie d’un chantier, finalisé en avril 2026, destiné à moderniser et mettre aux normes l’éclairage qui, comme vous le savez, s’agissant de textiles, est soumis à des contraintes considérables puisqu’il doit assurer une bonne lecture des œuvres tout en respectant des flux lumineux les moins agressifs possible pour les fibres et les teints.
Je vais essayer de vous faire une présentation aussi détaillée que possible sans nécessairement rentrer dans les détails techniques que vous pourrez consulter, si vous le souhaitez, via le catalogue papier[1](Cat.) ou via les images haute définition mises en ligne par le CMN à l’adresse https://regards.monuments-nationaux.fr/fr/reportage/MTQ1NzQ0 (si vous rencontrez des problèmes je vous conseille d’essayer une deuxième fois soit de la copier et la coller dans votre navigateur).
Pour ceux qui ne sont pas allés au Puy, la Fig. 1 montre la salle des États du Velay avec les vitrines du trésor brodé et celles du trésor d’art religieux
Figure 1 : Vue de la salle des États du Velay et du Trésor d’art religieux
La visite commence par un panneau[2], Fig. 2, réunissant quatre éléments, dont les dimensions et le décor - des niches où logent des saints personnages - indiquent qu’ils proviennent, sans aucun doute, des bandes d’orfrois ornant une dalmatique flamande du début du XVIe siècle, comme celle de l’Hispanic Society de New York que nous avons publié dans ce site il y a quelque temps. Le montage actuel est très probablement du XIXe siècle. La broderie, sur toile, est en soies polychromes (divers verts pour les dalmatiques et chapes, bleus pour les voûtes, vert, vieux rose et bleu ciel pour les sols et quelques rehauts de rouge) et or couché nué (deux fils) pour les colonnes, le baldaquin, le fond (en losanges) et les vêtements. Les personnages appliqués et cernés (ainsi que l'architecture) d'un cordonnet de soie noire. L’éclat de la broderie d’or est particulièrement remarquable.
Figure 2
Panneau regroupant quatre personnages provenant des bandes d’orfroi d’une dalmatique,
Flandres, début du XVIe siècle.
À la suite, dans la première vitrine plate, sont les deux bandes d’orfroi latérales, Fig. 3, et le chaperon, Fig. 4, d’une chape espagnole de la fin du XVIe-début du XVIIe siècle[3]. Chaque bande comporte trois saints dans des cartouches ovales entourés de rinceaux en "candélabre" formés par la répétition d’un vase à godrons et d’un motif fleurdelisé flanqués d’oiseaux et de volutes feuillagées.
Figure 3
Bandes d’orfroi latérales d’une chape, Espagne, fin du XVIe-début du XVIIe siècle.
Le chaperon a un médaillon ovale avec saint Michel, en armure et portant l’épée et le bouclier, terrassant le dragon dans un entourage végétal stylisé. Sur velours pourpre, la broderie, est en partie en relief sur corde, au couché en fils d'argent et argent doré sur âme de soie blanche et jaune respectivement pour l'entourage des cartouches, les vases et les motifs fleurdelisés. Les personnages traités séparément sur taffetas de soie jaune en broderie au couché en fils d’or filé pour le fond et frisé nué pour les vêtements. Les visages sont brodés de soie au point fendu.
Figure 4
Chaperon d’une chape, Espagne, fin du XVIe-début du XVIIe siècle.
Passons maintenant à la première vitrine verticale, Fig. 5, avec deux belles chasubles françaises : à gauche en broderie de laine du XVIIIe siècle et à droite, une au point d’Hongrie[4], France ?, XVIIe et XVIIIe siècle
Figure 5
À gauche, chasuble, France ou Québec, vers 1700.
À droite, chasuble au point d’Hongrie, France ?, XVIIe et XVIIIe siècle
La chasuble de gauche[5] se distingue par l’usage de la laine, peu torsadée, pour la broderie au passé et de la toile de coton pour le fond, matériaux économiques par rapport à la soie, d’une part et, d’autre part, par la richesse de son décor floral et l’intensité de ses couleurs, voulus, peut-être, pour impressionner les membres des premières nations que l’on évangélisait au Québec. Au dos, Fig. 6, une croix ornée de palmes stylisées enchevêtrées de rinceaux de feuillages et de fleurs imaginaires épanouies et en boutons, limitée par un galon brodé de motifs feuillagés. Au centre de la croix un cartouche circulaire avec le monogramme IHS coiffé d'un cœur percé des trois clous de la passion et surmonté d’un bouquet composé de quelques autres symboles de la passion – la croix, la couronne d’épines, la lance, l’éponge et l’échelle. Sur le devant, une colonne centrale avec une décoration identique à celle de la croix et, en partie supérieure, le monogramme AM dans un cartouche festonné. Le fond est entièrement décorée de fleurs, certaines réalistes et d’autres imaginaires, Fig. 7, de ramages, volutes, palmes, etc.
Figure 6
Dos de la chasuble de la figure 5 à gauche, France ou Québec, vers 1700
Figure 7
Détail de la chasuble de la figure 6
Le fond de la chasuble de droite dans la figure 5, plus sobre que la précédente, est décoré en plein de motifs flammés (zigzags). Au dos, la croix est dessinée au moyen d’une bande limitée par un galon avec motif de ruban spiralé, à l’intérieur se déploie une grosse branche avec des feuilles acanthées et au naturel portant des fleurs (tulipes, roses épanouies et en bouton, œillets, pivoines), Fig. 7. Sur le devant une colonne analogue à celle du dos. La broderie de soies polychromes dans une grande variété de points comptés et au point de Hongrie.
Figure 8
Dos de la chasuble de droite de la figure 5.
Restons dans les chasubles et voyons la deuxième vitrine verticale, Fig. 9, qui accueille à gauche une très belle chasuble[6], brodée d’un très dense parterre fleuri qui dégage des constructions structurées par une colonne sur le devant et une croix sur le dos, Fig. 10, limitées par une large bordure. Une autre, plus étroite, borde la totalité de la chasuble. À l'intérieur de la baguette et de la croix s'épanouissent deux rinceaux symétriques formant des cartouches en forme de cœur et des volutes aux extrémités fleuries. Autour de la baguette et de la croix, des enroulements feuillagés et fleuris (lys, pensés, tulipes, œillets, etc.). Sur taffetas de soie verte, la broderie est de fils de soie polychromes (ivoire, rose, carmin, bleu clair et foncé) au passé pour les fleurs et du cordonnet ivoire au couché pour les rinceaux, feuillages et quelques pétales en imitation du travail de fils métal, Fig. 11.
Figure 9
À gauche, chasuble au parterre fleuri, France, XVIIe siècle.
À droite une chasuble « à deux endroits », vert et violet, France, XVIIIe siècle.
Figure 10
Dos de la chasuble au « parterre fleuri »
Figure 11
Détail du « parterre fleuri » de la figure 10
Revenons à la figure 9 et à la chasuble de droite[7], qui se distingue du fait qu’elle est « à deux endroits », l’un vert, Fig. 11, Fig. 12, et l’autre violet, portant un décor identique. Il s’agit d’un travail français qui a eu beaucoup de succès au XVIIIe siècle. Les parements – croix sur le dos et colonne sur le devant - sont indiqués par de larges bandes de rinceaux interrompus de fleurons et fleurs stylisés. La chasuble est bordée, sauf en partie basse, d’un galon brodé reprenant plus simplement le décor des bandes. Sur cannelé moiré vert d’un côté et gros-de-Tours violet de l’autre, la broderie est exécuté en fils d’or et d’argent, croisés de soie corail et vert, Fig. 13.
Figure 12
Dos de la chasuble « à deux endroits » coté vert.
Figure 13
Détail de la broderie du dos de la chasuble « à deux endroits » coté vert et coté violet.
Une des images a été retournée horizontalement pour faciliter la comparaison.
Puisque nous sommes dans les chasubles « à deux endroits » restons-y et plongeons notre regard sur la vitrine plate, Fig. 14, qui accueille un ensemble unique à ma connaissance, puisque nous avons la chasuble, Fig. 15, mais aussi le voile de calice, l’étole et la bourse de corporal[8] et se distingue par la rareté, la délicatesse et l’élégance de son décor d’une part et par son état de conservation, en dépit de la fragilité des fonds en taffetas de soie, d’autre part.
Figure 14
Ensemble double face, Italie du Nord, début du XVIII siècle
De haut en bas : chasuble, bourse (à gauche), étole (à droite) et voile de calice
Le dessin de la chasuble, Fig. 16, se caractérise par de larges bordures avec des rinceaux fleuris qui cernent la chasuble et délimitent la croix sur le devant, la colonne au dos et l’encolure ; les champs ainsi délimités sont parsemés d’un très léger dessin géométrique dans l’esprit des ferronneries. Le voile de calice présente la même décoration et un médaillon central indiqué par un phylactère qui enserre un ciboire. La bourse a aussi un ciboire au centre encadré d’arabesques et légers rinceaux, le tout bordé d’un galon plus étroit avec des rinceaux fleuris. Le manipule reprend la décoration du champ de la chasuble et du voile de calice. Ce dernier a subi des remaniements puisque deux des cotés ont été amputé d’une bande utilisée pour réparer le devant de la chasuble dans la zone de frottement de la croix pectorale du prêtre
Figure 15
Vue du devant de la chasuble avec la combinaison ivoire et bleu et du dos avec ivoire et rose.
Figure 16
Vue simultanée des deux combinaisons de couleurs du devant de la chasuble.
La figure 17 permet de comparer le même motif sur le fond ivoire et bleu. 
Figure 17
Comparaison d’un même motif des deux côtés de la chasuble.
Une des images a été retournée horizontalement pour faciliter la comparaison.
Retournons au voisinage de la première vitrine plate proche de l’entrée. Sur le mur contigu nous trouvons une très belle bande d’orfroi[9], Fig. 18, très probablement germanique et du début du XVIe siècle, représentant dans la partie supérieure la Vierge à l’Enfant dans une mandorle rayonnante, elle a une longue chevelure, est couronnée et nimbée, se tient debout sur un croissant, porte à droite l’enfant Jésus, qui l’entoure de ses bras, et à gauche un sceptre. En bas, Sainte Ursule, coiffée d’un voile, couronnée et nimbée, bras étendus, ouvre son manteau et protège ainsi trois vierges couronnées de fleurs, chacune tenant un glaive, symbole de leur martyr. La bande est bordée d’un galon brodé d’un décor en candélabre de fleurs – pensées, marguerites, etc. - en alternance avec des rinceaux et des volutes évoquant les encadrements des enluminures de la même époque.
Figure 18
Vierge à l’Enfant dans une mandorle rayonnante, et au-dessous
sainte Ursule protégeant trois vierges couronnées de fleurs sous les pans de son manteau.
Allemagne (Cologne), début du XVIe siècle.
La broderie combine l’application de gros de Tours et de satin avec celle traditionnelle de fils d’argent, d’or, de soies polychromes et cordonnet, en couchure et guipure, Fig. 19. Notez la longue chevelure de la Vierge en fil d’argent filé au couché et celle des vierges martyres en sorbec.
Figure 19
Détail de la figure 18.
Vierge couronnée de fleurs.
Sur le même mur, en se dirigeant vers la grande verrière du fond de la salle, on trouve deux voiles huméraux du XVIIIe siècle, l’un de la première moitié et l’autre de la fin, Fig. 20.
Figure 20
Deux voiles huméraux sur le mur et deux voiles de calice dans la vitrine plate.
Celui du haut[10] est Italien du XVIIe siècle, Fig. 21, et se caractérise par une très riche bordure d’enroulements, palmettes et volutes scandés de rinceaux feuillagés et de fleurs (roses épanouies et en bouton, pensées, tulipes, etc.), Fig. 21. La broderie de fils de soie polychromes au passé empiétant et plat, satinée de fils d’argent pour les fleurs et les entrelacs. En filés argent et or en couchure et guipure pour le motif central et les éléments géométriques de la bordure.
Figure 21
Voile huméral, Italie, XVIIe siècle.
Celui du bas[11] pourrait être suédois de la fin du XVIIIe siècle, Fig. 22. Ce voile huméral se distingue par la préciosité des matériaux et la délicatesse des motifs et des tonalités. Au centre, l’IHS surmonté d'une croix, dans un cartouche ovale, entouré d'une gloire rayonnante, Un rinceau feuillagé avec entrelacs de motifs géométriques et fleurs (tulipes, pivoines, roses, pensées, églantines et leurs fruits, etc.) borde le voile et forme, aux coins, d’élégants bouquets rehaussés de nœuds. Sur satin de soie beige clair, broderie de soies polychromes au passé empiétant pour les fleurs et les motifs végétaux. Le cartouche et le monogramme en guipure de fils d'argent, Les rayons et les motifs géométriques de la bordure en filé et frisé d’argent et lame dorée. Le champ semé de roses. Le cœur des fleurs enrichi de lame d’argent.
Figure 22
Voile huméral, Suède, fin du XVIIe siècle.
Figure 23
Détail du voile huméral, Suède, fin du XVIIe siècle.
Dans la vitrine plate de la figure 20 on voit deux voiles de calice, celui de gauche est français du milieu du XVIIe siècle[12], Fig. 24, et celui de droite italien du XVIIe siècle avec une inspiration orientale[13], Fig. 25.
Figure 24
Voile de calice à l’image du Christ, XVIIe siècle
Figure 25
Voile de calice à inspiration orientale, Italie, XVIIIe siècle
Le premier, à gauche dans la vitrine, est d’une très grande qualité d’exécution et indubitablement français puisque le cartouche avec l’image du Christ en buste est décentré. La décoration autour du cartouche et celle des écoinçons est d’une grande richesse. Elle est brodée sur un satin de soie cramoisi, avec des filés d'argent et argent doré, gaufré en damier, de frisé au couché, de lame sur corde, de filé guipé, et de sorbec, liserés de cordonnet et rehaussé de grains de cannetille. En soies polychromes au passé pour le Christ.
Le deuxième, à droite, a un médaillon central enfermant un cœur enflammé surmonté de trois étoiles dans une gloire rayonnante. Deux angles en diagonale avec bouquets fleuris, et les autres avec nœuds et fleurs. Sur cannelé crème, la broderie est de filés d'or et cordonnet au couché et de soies polychromes au passé avec rehauts de canetille.
Dans la vitrine plate adjacente, Fig. 26, on trouve un magnifique voile de lutrin[14], très probablement espagnol et de la première moitié du XVIIe siècle. La broderie est formée de compartiments ogivaux, limités par des feuilles lancéolées, occupés par un grand vase godronné à piédouche et anse feuillagée d'où naît un bouquet de fleurs, Fig.27. Sur fond de velours coupé vieux rose, broderie légèrement en relief en fils de cuivre doré (filé, frisé, cannetille) sur âme soie, lame et cordonnet en couchure.
Figure 26
Vitrine avec le voile de lutrin, Espagne (?), première moitié XVIIe siècle.
Figure 27
Détail du motif des compartiments du voile de lutrin de la figure 26.
Maintenant tournons le dos aux voiles, qu’ils soient huméraux ou de calice, et regardons la vitrine où sont exposées quatre mitres couvrant quelques 200 ans, Fig. 28.
Figure 28
Vitrine avec les mitres.
Figure 29
Mitre, Espagne ou Italie, fin du XVIe siècle.
La première à droite[15] est la plus ancienne puisque datable de la fin du XVIe siècle et probablement d’origine espagnole ou italienne, Fig. 29. La broderie est en en filé et frisé or et argent en couchure, avec des cordonnets or et argent, grains de frisure pour le métal et soies polychromes au passé pour les fleurs et les feuillages. Ce qui est intéressant est qu’elle a conservé, en dépit des péripéties de sa longue existence, ses fanons amovibles et un état de conservation remarquable.
À sa droite la plus récente[16], Fig. 30, italienne et du début du XVIIIe siècle. Elle se caractérise par l’absence de géométrisation et un décor continu de rinceaux et festons enserrant un semis de fleurs (tulipes, œillets, pervenches) et un important motif fleurdelisé au centre surmonté d’une fleur imaginaire. La broderie de filé et frisé en couchure et rehauts de frisure pour les rinceaux et le motif central, les fleurs en fils de soie polychromes au passé empiétant.
Figure 30
Mitre, Italie ( ?), début XVIIIe siècle.
La suivante est la mitre au Bon pasteur[17], Fig. 31. Dans un encadrement chantourné, un médaillon central avec, dans un paysage, le Bon pasteur portant un agneau sur les épaules, deux autres à ses pieds. L’entourage du médaillon et la bordure de la mitre sont un enchevêtrement de rinceaux décoratifs et volutes en courbes et contrecourbes avec des fleurons et motifs rocaille très ouvragés. Entre les rinceaux, semis de petites fleurs et de paillons. Les fanons avec, en bas, un ange dans un médaillon encadré de rinceaux qui se poursuivent verticalement.
Le fond est brodé en plein de lame d'argent entourée d’un filé métal riant en couchure sur des gros fils tendus transversalement pour lui donner du relief. Les rinceaux, en guipure de filé or et argent, en relief sur corde, soulignés partiellement de lames or avec grains de frisure intercalés. Parmi les rinceaux, broderie en relief de paillettes comptées en relief sur corde et frisure en guipure avec incrustations de paillons pour imiter les pierres précieuses. La toison des moutons, d'une qualité remarquable, en boucles de frisure d'argent, Fig. 32, et le paysage en soies polychromes au passé empiétant, point de tige, point de nœud, etc.
Figure 31
Mitre au Bon pasteur, France, fin XVII siècle.
Figure 32
Détail de la mitre au Bon pasteur, France, fin XVII siècle.
Pour finir avec les mitres, la dernière[18], peut-être italienne, a conservé ses deux faces, dont une avec ses couleurs d’origine, et ses deux fanons. Elle est brodée, sur toile, de filés d'argent et argent doré et de soies polychromes (rouge, rose, ivoire, verte, bleu). Le champ, sur lequel se détachent des fleurs et des tiges lisérées d’un cordonnet argent, est brodé en plein de files d'argent en couchure. Les pétales des fleurs sont alternativement en soie et en filé en gaufrure sur corde, Fig. 33. La grosse fleur inférieure a le cœur brodé de soie semée de brins de filé, dans la technique italienne de l’alluciolato, entourant un cabochon de verre serti dans une résille en filés argent, Fig. 34. Des cabochons de plusieurs couleurs éclairèrent le cœur des fleurs. Les rinceaux sont en filé argent, en gaufrure sur corde lisérée de cordonnet.

Figure 33
Mitre, Italie, Sicile (?), XVIIe ( ?) siècle.
Figure 34
Détail de la mitre de la figure 33, Italie, Sicile (?), XVIIe ( ?) siècle.
Figure 35
Détail de la mitre de la figure 33, Italie, Sicile (?), XVIIe ( ?) siècle.
Je ne vais pas oublier la superbe chasuble florentine, Fig. 36, très proche par certains détails de celle d’une au Palazzo Pitti à Florence ayant appartenu à Pierre Léopold de Habsbourg et Lorraine, fils de Marie Thérèse d'Autriche et frère de Marie Antoinette, Grand-Duc de Toscane et ensuite Archiduc d'Autriche et Empereur. Décrire en détail le décor et la broderie serait trop long pour cette notice et je conseille au lecteur intéressé de consulter ces informations dans le catalogue des œuvres de la collection Fruman au Puy. Les illustrations qui suivent vous donneront une idée et, si vous avez la chance de visiter l’exposition, vous pourrez jouer à le retrouver sur l’ouvrage exposé.
Figure 36
Chasuble, Italie (Florence), vers 1765.
Figure 37
Détail de la chasuble figure 36, Italie (Florence), vers 1765.
Figure 38
Détail du détail de la figure 37, Italie (Florence), vers 1765.
Figure 39
Détail de la chasuble figure 36, Italie (Florence), vers 1765.
Figure 40
Détail de la chasuble figure 36, Italie (Florence), vers 1765.
Puisque nous sommes dans les fleurs, je vous propose de laisser quelques œuvres, parmi lesquelles la chape[20] de la figure 41, derrière laquelle vous découvrirez l’antependium[21] exposé sous la grande verrière qui donne sur la nef de la cathédrale, Fig. 42, seul exemple de broderie de « jais » (canetille de verre) de cette rotation. D'après Monsieur Gérard Picaud, Directeur de « Regard sur la Visitation à Moulins, ce devant d'autel proviendrait presque certainement d'un couvent de la Visitation, aujourd’hui fermé.
Figure 41
Vitrines avec la chape et l’antependium
Figure 42
Antependium, proviendrait d’un couvent de la Visitation, France, deuxième moitié du XVIIe siècle.
Son intérêt réside dans le traitement du fond, entièrement pavé de jais, petits tubes de verre blanc, pour pallier à l’interdiction de l’usage de l’argent ordonnée par Louis XVI dans ses lois dites « somptuaires ». Il s'agit d'un travail remarquable par la richesse du dessin des feuillages et des fleurs, comme le montre le détail du panneau droit, Fig. 43. La broderie hors fond est de laines polychromes au passé empiétant, et point de nœud pour le cœur des fleurs, liserée partiellement de perles vertes et bleues.
En variant la longueur des tubes les brodeuses ou les brodeurs ont réussi à dessiner des chevrons, créant ainsi des alternances de brillances, et à s’accommoder des rondeurs du décor, végétal pour les fleurs, feuilles et tiges, Fig. 43à 45, et plus géométrique pour le cartouche et la bordure, Fig. 46.
Figure 43
Panneau de droite de l’antependium de la figure 42, France, deuxième moitié du XVIIe siècle.
Figure 44
Détail des tulipes, épanoui et en bouton, de la figure 43, France, deuxième moitié du XVIIe siècle.
Figure 45
Détail d’une « rose » de la figure 43, France, deuxième moitié du XVIIe siècle.
Figure 46
Détail du nœud, du haut du cartouche central et de la bordure de l’antependium de la figure 42.
France, deuxième moitié du XVIIe siècle.
[1] COUGARD-FRUMAN (Josiane) & FRUMAN (Daniel H.), Le trésor brodé de la cathédrale du Puy en Velay : Chefs-d'œuvre de la collection Cougard-Fruman, Albin Michel, Paris, 2010.
[2] Cat. N° 68, p. 210 et 272
[3] Cat. N° 91, p. 214 et 274
[4] Cat. N° 121, p. 225 et 278
[5] Cat. N° 142, p. 222 et 281
[6] Cat. N°65, p. 194-195 et 271
[7] Cat. N° 164, p. 240 et 284
[8] Cat. N° 147, p. 234 et 281-282
[9] Cat. N° 13, p.66-67 et 252-253
[10] Cat. N° 150, p.235
[11] Cat. N° 74, p.206
[12] Cat. N° 68, p.200 et 271
[13] Cat. N° 64, p.192 et 271
[14] Cat. N° 264, p.90-91et 256
[15] Cat. N° 22, p.86 et 255
[16] Cat. N° 46, p.158 et 266
[17] Cat. N° 45, p.154-155 et 266
[18]Cat. N° 44, p.152-153 et 265-266
[19] Cat. N° 67, p.198-199 et 271
[20] Cat. N°151, p.236 et 282
[21] Cat. N°122, p.226 et 278
Date de dernière mise à jour : 18/05/2026
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